Louisa! Presque treize ans, Louisa. Et ton
père a été le premier à bercer ton dernier
sommeil. C'est là, Louisa, que ton père et
moi nous nous sommes heurtés pour la
première fois. Est-ce que tu te souviens,
toi Louisa, si c'était lui, ou si c'était moi qui
avais dormi pendant que tu t'étouffais avec
ce lait qui devait te nourrir et qui t'a fait mourir?
Pardonne-nous, Louisa.
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Marie-Ange... Même en dormant, ma grande
mule, tu te bats contre quelque chose.
Laisse-toi donc aller, ma Marie-Ange. Laisse-toi
donc sourire. Commence donc à avaler un
peu de ton orgueil. Tu vas voir, ce n'est pas
plus mauvais à avaler qu'un sirop. Ma grande
mule... Pâpâ. Est-ce que vous la voyez, votre
grande mule ce soir. Votre grande mule vient,
toute seule, d'arrêter un train qui roulait sur
une voie sans gare. Votre grande mule, pâpâ,
roule dans la nuit, les larmes aux yeux, la peur
dans l'âme. Votre grande mule roule dans une
nuit noire sans fin. Votre grande mule roule
avec neuf petits qui commencent à peine à
grandir. Pâpâ, donnez-lui donc un peu de
courage à votre grande mule. Bonne nuit, pâpâ.
J'espère que vous avez été heureux de retrouver
Elzéar Veillette. Je suis certaine que vous
devez encore vous prendre aux cheveux. Mais
maintenant, vous devez avoir des cheveux
d'anges... sans mèches rebelles.
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Le coq, Berthe. Te souviens-tu du coq qui
avait chanté trois fois? J'avais eu peur,
Berthe, parce que je m'étais dit qu'une coq
qui chante trois fois, c'est un coq qui
annonce une mauvaise nouvelle. Le coq
n'avait pas menti, Berthe. La mauvaise nouvelle
est arrivée hier, à peu près à la même heure
que maintenant. Berthe, j'ai fait partir Ovila
pour le protéger. J'ai fait partir Ovila pour me
protéger. Toi, Berthe, est-ce que c'est pour te
protéger aussi que tu as décidé de ne plus
m'écrire? Es-tu heureuse dans ton monde de
silence, Berthe? Il me semble que ton monde
doit ressembler à cette nuit qui nous aspire
tous les dix vers quelque chose qui me fait peur.
Pense quand même à moi, Berthe...
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Bonne nuit, mon grand Émilien. Bientôt
je vais te parler. Je vais t'expliquer que
ton père nous cherche une nouvelle
maison. Je vais te dire combien il a
toujours été fier de toi. Je vais te mentir
un tout petit peu, en te disant qu'il va
revenir. Je n'en sais rien, Émilien. Ton
père reviendra quand il aura appris à
être fier de lui. Ton père va revenir s'il
apprend à se pardonner le mal qu'il
s'est fait. C'est sûr, Émilien, que ton
père nous fait mal à nous aussi. Mais
ce mal-là, Émilien, si tu n'es pas
satisfait de mes réponses, tu iras le voir
et tu lui demanderas.
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Pas besoin d'avoir des gros sabots,
Émilie, pour faire ton chemin. Même
sur la pointe des pieds tu peux te
rendre d'un endroit à l'autre. Même
sur la pointe des pieds tu peux
marcher d'un pas ferme...
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Paulo, toi qui es toujours sérieux,
qui réfléchis toujours, penses-tu
que ton père, lui aussi, a eu le
temps de voir ce train-là? Penses-tu
que ton père aussi a eu le temps
de penser que lui et nous, nous
croiserions le même train? Dors,
Paulo. Je te pose des questions
trop compliquées.
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Mon gros Clément... avec des
poings aussi gros que ta tête.
Tu es comme ton père, Clément,
quand ton père réglait tous ses
problèmes avec ses poings. Un
jour, Clément, je vais te raconter
comment il avait assommé un
de mes anciens élèves. J'ai déjà
dit que Marie-Ange avait un nom
mensonger, parce qu'elle est
loin d'être un ange. Toi aussi,
Clément, tu as un nom mensonger.
La clémence, Clément, c'est de
la douceur. Peut-être qu'en
vieillissant, Clément, tu vas
apprendre la douceur. La paix.
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Tu peux bien sourire, ma Blanche.
Je le sais que tu n'as jamais aimé
Shawinigan. Tu souris parce que
tu retournes à Saint-Tite. Pour rire
avec tes oncles Ovide et Edmond.
Pour te jeter à l'eau au lac. Pour
être en classe, sage comme une
image. Pour continuer à faire croire
que tu es docile. Mais moi, Blanche,
je sais. Je sais que derrière tes
grands yeux bleus, se cache le bleu
de la volonté d'acier. Ta douceur est
presque apeurante, Blanche, quand
on sait toute la force qu'elle cache.
Dors bien, ma belle petite Blanche.
Je suis certaine que tu as toute une
vie devant toi et que tu as déjà
besoin de sommeil.
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Si je faisais le trio des sourcils
froncés, Jeanne, je serais
obligée de t'inclure. Avec
Marie-Ange. Avec Clément. Mais
c'est tellement normal. Tu passes
des heures et des heures à suivre
Clément. Tu l'as même respiré
dans mon ventre, toi, celle qui l'a
suivi. On verra, Jeanne. On verra
bien. C'est vrai que la vie nous
fait froncer les sourcils. Mais la
vie nous les fait soulever aussi.
Tu as les sourcils soulevés,
Jeanne. Des sourcils pour rire.
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Alice... aux yeux de la même
couleur que ma robe de mariée.
Aux yeux de la couleur de la Batiscan,
quand le soleil la rend coquette. Tu
as sa clarté dans les yeux, Alice. Et
son murmure dans la voix. Fais-moi
penser, Alice, de te raconter l'histoire
de ma robe de mariée que ton père
et moi on a enterrée.
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Rose, ma fleur. Petite de coeur
dans ton grand corps. C'est
difficile, je le sais, d'être à la
frontière de deux mondes. Celui
de l'innocence et celui de la peur.
Mais je suis là, Rose. Je te
tiendrai toujours la main.
Ensemble, toi et moi, on va
découvrir que le monde n'est pas
rempli uniquement de livres et de
savants. Dans le monde, Rose,
il y a des gens de coeur, comme toi.
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Demain, le soleil va se lever.
Demain, le soleil va briller. Demain...
je n'avais pas le choix. Je n'avais
plus le choix... Pâpâ, je trouve qu'il y
a quelque chose de pas juste... Le
diable! Le diable! Lazare est un diable!...
Charles? Tu t'appelles Charles?...
Le Windsor... Émilie, je vous trouve
sans pareille... J'ai toujours été jalouse
de toi, Émilie... Et moi de toi, Antoinette...
Penses-tu, ma belle brume, que
Télesphore va l'aimer, son meuble?...
J'en ai assez de ce village maudit!... Tu
peux être sûr, Ovila, que je ne quitterai
pas Shawinigan la larme à l'oeil... Bonne
nuit, ma belle brume... ma belle brume...
belle... brume... brume... brume... brume...
brume... brume... brume... br... ...